Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées jeudi matin devant la sous-préfecture pour demander la libération d'Ali Dogan, réfugié politique kurde, installé sur le Larzac depuis dix ans et prévenu, en substance, d'y avoir abrité un camp d'entraînement terroriste... M. Dogan a été interpellé vendredi dernier par la brigade antiterroriste avec une douzaine d'autres personnes, à Montpellier et à Marseille. A l'issue de sa garde à vue, il a été placé en détention préventive à Fleury-Mérogis, comme sept autres prévenus. Leur avocat a fait appel de la décision de maintien en détention et engagé une procédure d'urgence pour obtenir leur libération. Un comité de soutien se met en place.
ARRESTATION DE 11 KURDES PAR L'ANTI TERRORISME
On peut lire dans les journaux que l’Aveyron est connu pour être une ancienne base arrière de l’ETA et que le département deviendrait aussi un fief pour les séparatistes kurdes du PKK !Comme en avril 2007 à Paris et en janvier 2009 à Marseille, ce qui s’est passé vendredi 26 février, c’est l’arrestation de 11 personnes, accusées par l’anti-terrorisme d’avoir entraîné des séparatistes. La SDAT (Sous-direction antiterroriste) a lancé un coup de filet contre le parti séparatiste kurde du PKK qui est considéré en France comme une organisation terroriste. Onze personnes ont été arrêtées à Marseille, Draguignan, Grenoble et à Montpellier, dont notre voisin Ali. Des perquisitions ont eu lieu à l’association d’amitié franco-kurde de Montpellier, à la maison démocratique et culturelle du peuple kurde à Marseille, ainsi qu’au Mas Razal sur le plateau du Larzac.
Ali que beaucoup ici connaissent, habite le Mas Razal sur le plateau du Larzac. Il est dans le collimateur de la SDAT, qui agit dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris, fin 2008, pour « association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes ». Il est accusé de former des militants de la cause kurde qui viennent d’Allemagne, Belgique ou Italie.
Les jeunes Kurdes que nous connaissons viennent en effet sur le Larzac, mais certainement pas pour s’entraîner à la guérilla ! C’est pour apprendre et connaître leur culture qui leur est interdite ailleurs, en Turquie par exemple ! Nous savons sur le Larzac qui s’entraîne, non pas à la guérilla mais plutôt à la guerre ! Il suffit d’entendre les tirs des militaires du camp voisin qui jours et nuits nous dérangent dans notre tranquillité ! Et eux en toute impunité !
A chaque réunion de ces jeunes kurdes, qui je le rappelle viennent connaître leur culture, leur histoire, nous sommes invités-es en voisins-es, à des soirées où nous découvrons la culture, la musique, les chants et les danses kurdes.
Une conférence de presse a été organisée ce dimanche au Mas Razal, qui a réuni plus de cinquante personnes Larzac, Millau et environs, auxquelles se sont joints des amis kurdes venus de Montpellier et la vérité a pu être rétablie quant à l’utilisation de la ferme du Mas Razal par Ali et sa famille. Même des gendarmes de la Cavalerie, le village où est installé le camp militaire, sont passés pour dire qu’ils n’étaient pas au courant de cette arrestation ! Ils n’ont peut être pas la télé, ni les journaux et même pas internet dans cette gendarmerie !!! Ils ont dit qu’ils buvaient régulièrement le café au Mas Razal !
Des manifestations ont eu lieu à Marseille et à Montpellier ce samedi après-midi. Dans les rues de Marseille, quelque 600 Kurdes selon la police, 1000 à 1500 selon les organisateurs, ont manifesté pour protester « contre la répression policière », après le coup de filet de la veille. Les manifestants, soutenus par le Parti communiste français et la Ligue des Droits Humains, ont défilé derrière une grande banderole, rouge et noire, avec la mention "Solidarité internationale : libérez nos camarades kurdes". Ils ont entonné "L’Internationale" et scandé des slogans, tels que "Solidarité politique pour le Kurdistan" ou encore "Le peuple kurde n’est pas un peuple terroriste".
A Montpellier environ 200 Kurdes ont manifesté place de la Comédie pour témoigner de leur colère et demander la libération des interpellés.
La Ligue des Droits Humains dénonce l’acharnement qui affecte un peuple déjà persécuté par des dictatures en Turquie, en Syrie et en Iran, acharnement facilité par des procédures pénales d’exception en vigueur dans notre pays.
Elle s’interroge sur le lien qui pourrait exister entre ces évènements et certaines discussions commerciales en cours entre la France et la Turquie.
Maya
Un peu d'histoire ...
" Si toutes les mares du Kurdistan devenaient de l'encre, si tous les peupliers étaient transformés en papier, si on commençait à écrire les malheurs de kurdes, tout cela ne suffirait pas. » Neuzat.
Le Kurdistan est une région divisée sur quatre pays coloniaux, l'Iran, l'Irak, la Syrie et la Turquie.
Avant la première guerre mondiale, l'empire Ottoman comprenait les Turcs, les Arabes, les Grecs, les Bulgares, Les Tchèques, les Slovaques, les Albanais, les Arméniens, les Circassiens et d'autres peuples. Les difficultés d'adaptation au système capitalisme ont miné l'empire Ottoman au cours du 19ème siècle et il s'est effondré.
Jusqu'au début du 19ème, les principautés kurdes existaient, l'empire Ottoman tenta de les assujettir et les kurdes commencèrent à se révolter contre l'autorité centrale. Les arabes se révoltèrent également et durant cette guerre, des centaines de milliers d'arméniens furent massacrés ou déportés. Le sort des kurdes, dont la majorité faisait partie des Ottomans, dépendait alors de la guerre d'indépendance turque de 1919 à 1923.
Un traité fut signé le 10 août 1920 qui prévoyait le démantèlement de l'empire Ottoman et la formation d'états nationaux selon des critères ethniques et culturels d'autodétermination. Ceci permit la formation des États kurde, arménien et arabe ainsi que la République turque. Les articles du traité nommé « Traité de Sèvres » envisageait la formation d'un État kurde, à l'intérieur des frontières de la Turquie. Les termes du traité contredisent l'argument de la Turquie qui est que les kurdes ne sont pas une minorité ethnique, pas plus qu'ils n'ont un statut national en général.
Et au lieu de former un État autonome et indépendant, les zones kurdes du nord de l'Irak furent placées sous mandat britannique, le territoire en Syrie sous mandat français, et la plus grande partie du Kurdistan fut incorporé à la République turque.
Les kurdes furent en majorité abusés. Certains étaient sous l'influence du protocole d'Amabya de 1919 qui reconnaît les droits nationaux et sociaux des kurdes. D'autres croyaient en la promesse de Mustafa Kemal Attaturk, le fondateur de la Turquie moderne qui disait que kurdes et turcs vivraient ensemble comme des frères.
Puis en 1923, le traité de Lausanne accorde les régions kurdes en question à la Turquie de Kemal. Un article du traité de Lausanne mentionne que le gouvernement turc s'engage à assurer la protection totale et complète de tous les habitants de la Turquie, sans distinction de naissance, de nationalité, de langue, de race ou de religion. Malgré toutes les promesses et les discussions à propos de députés du Kurdistan aux assemblées, le débat sur le Kurdistan et sur le peuple kurde en Turquie est passé aux oubliettes pendant de nombreuses années.
Mais l'interprétation générale du traité est déviée de sa réalité et l'état turc se donne le pouvoir d'assimiler tous les groupes ethniques seulement musulmans. Les kurdes par ce fait perdent leur identité sociale et culturelle. L'Etat turc exige que tous ceux qui vivent à l'intérieur des frontières de la Turquie deviennent turcs par cette politique basée sur la purification ethnique d'une population entière, sans se soucier des racines ethniques de la langue, de la littérature, de la culture, ni même des différentes pratiques religieuses.
De nombreux mouvements de populations qui résistent à l'assimilation turque deviennent des populations « à risques ». Les kurdes, les circassiens et les arméniens subissent de douloureuses migrations intérieures avec le statut de « suspects » ou « combattants » lorsque la révolte est visible.
Kemal veut liquider son principal ennemi, le peuple arménien et veut assimiler les kurdes. En 1924, un décret interdit toutes les écoles, les associations, les publications des communautés religieuses et tous les séminaires kurdes. Et c'est à cette époque que commence une campagne turque qui a pour but d'écraser et de détruire l'identité kurde, ce qui provoque des révoltes de la part des kurdes.
De 1925 à 1939, des soulèvements kurdes sont durement réprimés et souvent traités comme une menace à la laïcité. Des centaines de gens sont tués ou envoyés à la potence. Finalement, les kurdes sont étiquetés comme une « tribu turque différente » nommée « les turcs de montagne ».
Au cours de ces 70 ans la Turquie a nié l'identité kurde, empêché l'exercice de sa culture, de son éducation, de ses traditions. 20 000 villages et villes kurdes ont été renommés en langue turque. Il est interdit aux familles de nommer leurs enfants avec des noms kurdes et la Turquie refuse de signer la charte des Droits de l'Enfant qui abolirait cette mesure! La Turquie admet sur le plan diplomatique et pour la forme, l'existence d'une identité kurde, mais affirme que cette identité n'est que culturelle. Après 1989, la Turquie a recours à des mesures brutales pour faire taire les revendications kurdes.
Les kurdes de Turquie sont éparpillés dans tout le pays et beaucoup sont concentrés dans les provinces de l'Est et du Sud-Est.
Les kurdes d'Iran, d'Irak et de Syrie connaissent des problèmes similaires. Mais en Irak les kurdes ont pu défendre leur identité et jouir d'une autonomie des années 1970 jusqu'aux attaques de 1980 par Sadam Hussein où 5000 civils périrent des attaques au gaz chimique. Cette oppression permanente ajoutée à la guerre du Golfe conduisit à une rébellion et les kurdes d'Irak, sous protection alliée, ont pu fonder leur propre zone au nord du 36ème parallèle. Les kurdes d'Iran et de Syrie jouissent d'une liberté relative et peuvent, à priori, exercer leurs droits quant à la langue, la culture et la société.
Le PKK, Parti Ouvrier du Kurdistan, est considéré pour la majorité des kurdes comme un mouvement pour la liberté du peuple kurde opprimé et victime du colonialisme de la Turquie. On peut rapprocher cette lutte à celles de la Palestine, du Tibet en Chine et du Chiapas au Mexique.
« La lutte tragique du peuple kurde, qui dure depuis si longtemps, a pour origine le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. » Leyla Zana, lauréate du prix Sakharov – 1995
-